Culture — 14 novembre 2012
Tiken Jah Fakoly:“Gbagbo à la Cpi, un conseil à Ouattara”

A une étape de la fin de la caravane de la réconciliation nationale, à Abengourou, Tiken Jah Fakoly s’est confié à Nord-Sud Quotidien. Le chanteur donne son avis sur la détention de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale.

 

 

De nombreux artistes se plaignent de n’avoir pas été associés à la caravane de réconciliation. Comment a été fait le choix des participants ?

On aurait voulu emmener tous les artistes à cette caravane. Mais malheureusement, on ne pouvait pas. Déjà que ça commençait à 14h pour finir tard dans la nuit. Si on devait débuter à 8h pour finir le lendemain, aucun spectateur n’aurait tenu. On considère que c’est une première étape de la tournée, s’il y a une seconde étape, ceux qui n’ont pas été contactés pourront l’être.

 

Quel bilan faites-vous de cette tournée ?

Je dirais que le bilan est positif. Parce qu’il serait prétentieux pour les artistes de croire qu’ils peuvent réconcilier les Ivoiriens en une semaine ou deux. Ce qui est important, c’est qu’en tant qu’Ivoiriens, c’est que nous puissions apporter notre contribution à cette réconciliation qui est un vaste chantier. Il y a des volets politiques qui doivent être assumés par les hommes politiques. Il y a des problèmes politiques qui doivent trouver des solutions politiques. La question est de savoir si nous les artistes devrions rester à ne rien faire parce que les politiques n’ont pas trouvé de solution. Il a été bon de venir sur le terrain, pour constater, écouter, visiter des victimes. Nous allons relever dans un livre blanc tout ce que nous avons vu et entendu. Les organisateurs vont négocier un rendez-vous avec les autorités pour que nous puissions rendre compte de ce que les Ivoiriens nous ont dit.

 

Vous avez passé des messages à l’endroit de l’Afrique tout le long de cette caravane. Pourquoi ce choix ?

J’ai toujours dit que je suis un Africain d’ori­gine ivoirienne. Je fonctionne panafricain. Je suis au-dessus de mon pays dans mon combat. Parce que je sais que les problèmes en Côte d’Ivoire sont les mêmes en Guinée, au Mali, au Rwanda etc. Je ne suis pas dans un credo typiquement ivoirien. Je parle de réconciliation ici, mais également d’unité africaine. Puisque je suis certain que le pays aura des retombées de l’union de l’Afri­que. Il doit absolument aller à la réconciliation. Nous n’avons pas le choix.

 

Que pensez-vous du transfert de Laurent Gbagbo à La Haye ?

Il y a eu des frères qui ont résisté. Il y a des preuves que certains ont déconné. Pour la continuité de notre processus démocratique, il faut que ceux qui ont créé des entraves au processus démocratique répondent de leurs actes. Pour que, même le chef d’Etat actuel, Alassane Ouattara, ne fasse pas les mêmes bêtises que Laurent Gbagbo. Ce n’est pas une action qui vise Laurent Gbagbo seul. A travers l’arrestation ou la condamnation de Laurent Gbagbo, c’est Alassane Ouattara qui est visé. C’est aussi le président de la Guinée qui est visé. Il faut que l’Afrique arrive à une vraie démocratie, à rendre le pouvoir au peuple. Les hommes politiques africains ont toujours fait croire que ce sont eux qui ont le pouvoir alors que c’est le peuple qui le détient. C’est pourquoi en Occident, lorsque le peuple se fâche, il y a une fièvre qui gagne la classe dirigeante. Ici souvent, l’opinion est fâchée et la classe dirigeante est en bonne santé. C’est cela la différence. Il faut que les intouchables soient touchés.

 

Est-il possible qu’on libère Gba­gbo ?

Je ne fais pas partie de ceux qui luttent pour la libération de Gbagbo. Tout simplement parce que j’ai vu les actes. Il y a les discours. Quand on va à une élection, par exemple, on ne dit pas ‘’on gagne ou on gagne’’. Quand on fait dix ans à la tête d’un pays, on doit penser qu’on n’est pas le seul Ivoirien qui doit rester. On doit se dire que d’autres personnes peuvent diriger. J’ai une carrière aujourd’hui. Même si on ne me vote pas, dans dix ou quinze ans, je ne suis pas sûr d’avoir la popularité que j’ai, même si mon souhait est qu’elle croisse. Nous sommes allés à des élections après dix ans de crise. Chaque camp a posé des actes d’apaisement. 2010 devait être un nouveau départ pour la Côte d’Ivoire. Personne ne pouvait imaginer qu’après ces échéances, on retomberait. Pourquoi cela a été fait ? Parce que les Ivoiriens, dans leur majorité, ont voulu le changement. Et des gens ont voulu le bloquer.

 

Vous n’y croyez donc pas?

Je ne crois que lorsque je suis à l’église ou à la mosquée. Je pense qu’il y a eu des faits. Laurent Gbagbo est au tribunal. C’est un tribunal international. Un jugement sera fait. Un verdict sera donné. On verra la suite.

 

Parlant de l’actualité, le régime Ouattara subit des attaques répétées. N’est-ce pas un mauvais signe ?

Je condamne ces attaques. Nous som­mes en train de prier pour que le pays se stabilise. Pour que les autorités ne viennent pas nous dire dans cinq ans qu’elles n’ont pas pu développer la Côte d’Ivoire parce qu’il y a eu des attaques. Qu’on ne donne pas cette occasion à nos dirigeants. Nous devons être exigeants. Ceux qui sont partis disent n’avoir pas travaillé parce qu’il y a eu des attaques, la rébellion. Il y a des problèmes politiques. Mais, je souhaite que les populations se mettent au-dessus des religions, des régions, des ethnies. Qu’on se réunisse autour de notre intérêt commun qui est la Côte d’Ivoire. Qu’on soit Bété, Dioula, Attié ou Koyaka, on a un bien commun qui est la Côte d’Ivoire. Il faut tout faire pour que nos enfants trouvent un pays stable. Une Côte d’Ivoire au travail. Au cours du voyage, partout où nous sommes passés, les routes sont impraticables. C’est dans la stabilité qu’on peut exiger aux dirigeants de construire de bonnes routes. Je souhaite que la jeunesse se donne la main pour bousculer les hommes politiques.

 

 

Interview réalisée par Sanou A

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